Saturday, April 4, 2026

SOUNDSCAPES AND SILENCE (PIERRE SCHAEFFER)

 

 "I live in a world that is always there for me, and this world is as much about sound as it is about touch and sight. I move through an “atmosphere” as I would through a landscape. The deepest silence is still a soundscape like any other, against which the sound of my breath and the beating of my heart stand out with an unusual solemnity. We can glimpse how strange a world suddenly deprived of this dimension would be to us through a technical glitch, when a film’s soundtrack is abruptly interrupted, or in certain dreams. We recall Baudelaire’s dream, and his “moving wonders” over which “hovered—a terrible novelty—everything for the eye, nothing for the ear—a sense of eternity.” As if the ceaseless murmur that permeates even our sleep were merging with the sense of our own duration."

 

 "Je vis dans un monde qui ne cesse pas d’être là pour moi, et ce monde est sonore aussi bien que tactile et visuel. Je me déplace dans une “ambiance” comme dans un paysage. Le silence le plus profond est encore un fond sonore comme un autre, sur lequel se détachent alors, avec une solennité inhabituelle, le bruit de mon souffle et celui de mon coeur. Quelle serait pour nous l’étrangeté d’un monde subitement privé de cette dimension, nous pouvons l’entrevoir à la faveur d’un incident technique, lorsque la bande sonore d’un film est brutalement interrompue, ou dans certains rêves. On se souvient de celui de Baudelaire, et de ses “mouvantes merveilles” sur lesquelles “planait — terrible nouveauté — tout pour l’oeil, rien pour l’oreille — un sentiment d’éternité”. Comme si la rumeur continuelle qui imprègne jusqu’à notre sommeil se confondait avec le sentiment de notre propre durée."

Pierre Schaeffer, Traité des objets musicaux, p. 104-105.